Le livre 1 de Christophe Bonneuil (historien de l'environnement 2, membre d'ATTAC) et Sandra Feydel (journaliste et documentariste) est un ouvrage intéressant à lire, à la fois pour l'éclairage historique qu'il apporte sur les origines idéologiques de la financiarisation de la nature, les outils existants et les conséquences actuelles et prévisibles à diverses échelles.

Je suis une mouche...

La mouche des sables de Californie est l'involontaire héroïne du début du livre. Elle est avec son habitat légalement protégée. Cela bloque théoriquement toute possibilité de projet immobilier ou industriel sauf si on peut légalement compenser écologiquement ailleurs, les destructions causées par ces projets. La société Vulcan a donc décidé de « créer de la valeur pour ses actionnaires en mettant la mouche à profit ». Elle a acheté des terrains devenus inconstructibles où se trouvait la mouche, les a découpés en lots d'une valeur de 100 000 $ et créé des « titres mouche » qui sont proposés à des investisseurs amenés à compenser des milieux naturels détruits. Wildlands propose aussi des actifs naturels mais aussi achète massivement des zones abritant des espèces protégées dans des zones à fort potentiel foncier. La nature et sa « protection » participent donc indirectement à la spéculation foncière et financière sur une zone jugée rentable. Car petit souci, ces nouveaux combattants d'une protection de l'environnement de marché, n'achètent rien là où l'intérêt économique est nul ou faible. D'autres bio-banques ou banques de conservation commercialisent des titres d'actifs naturels : zones humides, forêts, cactus, lézard au nez droit, buse de Swainson, crevettes, scarabées. En 2010, ce marché représentait 798 banques d'actifs et 4 milliards de dollar de chiffre d'affaires.